Victoire par chaos (extrait)

Résumé :  Les vacances paisibles du Régulateur se terminent par un coup de semelle en pleine figure. Mais une émission de télé va le mettre sur la piste du propriétaire de la chaussure, l’Archange, dans le Milieu marseillais. Parviendra-t-il à démanteler le sordide réseau dans lequel il s’infiltre ? Nul doute que ses méthodes, toujours aussi expéditives, permettront au ministre de ne pas perdre la face…

safon02400

 

***

Je sais pas ce que c’était, comme prise. Je connaissais pas. Du judo, peut-être, ou de la savate française, ou du jichidsu, je sais pas. J’ai pas bien eu le temps d’analyser. Dès que le type a ouvert la porte de sa chambre, je l’ai vu prendre appui sur son pied gauche, se pencher un peu en arrière en se retenant à la poignée de la lourde, et j’ai vu m’arriver la semelle de son pied droit en pleine figure. Je me souviens très bien de n’avoir alors plus pensé à rien. J’ai senti comme un craquement à la base de mon crâne, dans les vertèbres cervicales, et puis le noir.

Le lendemain matin, en sortant du coaltar, le seul indice que j’avais, c’était l’empreinte de la godasse de ce mec en travers de la gueule.

Le type, ainsi que sa femelle – au secours de laquelle je m’étais généreusement porté – avaient mis les bouts dans la nuit, et j’avoue qu’en me réveillant j’avais surtout envie d’oublier l’épisode.

Jackson, le taulier de l’hôtel, un pote, un de ceux qui me doivent beaucoup, comme certains – enfin, je sais pas si les caves comprennent – a passé le reste de mon séjour sur les bords du lac d’Aiguebelette à me faire oublier ce mec et sa pétasse.

Je m’en étais ressenti pour elle dès mon arrivée à l’hôtel. Elle avait l’air seule et passait des heures à bouquiner sur la plage de Lépin-le-Lac, une lecture seulement entrecoupée de quelques plongeons dans l’eau fraîche du lac.

J’avais tenté deux ou trois fois de lier connaissance, mais c’était pas facile. Cette nénette semblait intelligente et m’aurait sûrement envoyé péter avec plus de brio que j’en aurais eu à l’aborder.

Et puis un jour, on s’est retrouvé par hasard au bar de l’hôtel, on s’est souri et je lui ai offert un drink, un Nirvana Ambré, parce que si Jackson s’y connaît dans quelque chose, c’est bien dans la façon de préparer le Nirvana Ambré, ah, l’enfoiré ! Il tient ça d’un pote à lui qui s’est barré au Canada avec une copine, mais je vais pas vous résumer l’épisode précédent…

On a un peu parlé mais elle est restée très discrète sur ce qu’elle maquillait dans le secteur, et j’espérais pouvoir pousser mon avantage lorsque Jackson m’a pris entre quat’z-yeux. Il avait bien vu que je reluquais la gamine, mais il m’a expliqué qu’elle avait laissé des consignes pour qu’on la prévienne dès l’arrivée d’un monsieur qui ne manquerait pas de la réclamer. Elle demandait tous les jours s’il y avait des messages pour elle. Elle attendait son homme, en clair. Ce sale con n’avait pas l’air de vouloir se manier la rondelle…

Alors je suis resté sur la béquille, regrettant quand même qu’un goujat puisse faire attendre ce joli petit lot.

Le type est arrivé quelques heures plus tard sur le parking de l’hôtel en faisant crisser les pneus de sa Mercedes modèle pour friqués, et la petite l’a aperçu de la plage. Fallait voir comme elle a couru vers lui et s’est jetée à son cou ! Ça m’a fait mal aux seins. Le type, lui, décontracté costard gris, chapeau à la con, fume-cigarette, un type entre deux âges, il s’est à peine baissé pour l’embrasser. Il lui a mis le bras sur les épaules et il l’a entraînée vers les chambres, probably pour un essorage express.

Je ne les ai plus revus avant le soir. La douce devait s’en prendre de partout. De toute façon, qu’est-ce que j’en avais à foutre, de cette pétasse ? J’étais venu chez Jackson pour me reposer quinze jours, le besoin de laisser un peu flotter les rubans après une putain de saloperie d’affaire. Un truc très délicat, une affaire « secret défense » qu’il faudra que je vous raconte un jour. J’avais dû me démener comme un beau diable et défourailler à tout-va, et j’étais sorti de l’aventure au bord de l’évanouissement. J’avais décidé de me coller au vert, et pour ça, le meilleur c’est encore les bords du lac d’­Aiguebelette. C’est un endroit qui reste assez préservé des cons. Quoique, après ce que je viens d’écrire…

Le soir venu, j’ai entendu la conversation monter dans leur chambre. Ça, c’est des choses qu’arrivent, hein, des fois, les filles, ça fait pas pile ce qu’on veut, alors quoi, merde, on torgnole un peu juste façon de dire, quoi. Mais là, j’ai entendu la petite s’en prendre plus qu’il ne faut. Le problème, c’est que bien souvent les mecs ne savent pas doser.

Alors j’ai tapé à la porte, chevalier Bayard des temps modernes, et c’est comme ça que j’ai servi de paillasson au pied droit du gars. De quoi vous faire passer l’envie de réagir lorsque vous voyez une fille se faire dresser ! Et pourtant, j’ai le sentiment que si la chose se reproduisait, je ferais pareil, quoi, on n’a pas le droit de frapper les filles, sauf lorsqu’elles le demandent, bien sûr…

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