Les piafs se cachent pour caner (extrait)

Résumé :  Le major Malcom et son copain Jackson ont mis la main sur un sacré paquet de blé bien mal acquis. Seulement, le propriétaire n’a pas l’intention de se laisser déposséder. Du coup, y’a du tangage, moult fusillades et poursuites endiablées. Le ministre s’émeut. Comment calmer la presse et le public, qui s’indignent ?

safon01400

 

***

Malcolm, le major Malcolm, sirotait tranquillos les yeux dans le vague son Nirvana Ambré sur la place centrale de la zone piétonne du vieux Chambéry. Le Nirvana Ambré s’obtient avec juste ce qu’il faut d’absinthe, mais juste ce qu’il faut, quoi, cinq millilitres, bordel, c’est pas compliqué ! C’est dingue le nombre de personnes dont c’est pourtant le boulot et qui ne savent pas doser le Nirvana Ambré. Moi, ça me rend dingue, ça. L’autre jour, c’était au Plazza Athénée ; c’est pourtant pas une gargote, le Plazza Athénée ! J’ai demandé un Nirvana Ambré, eh bien ils me l’ont sabordé, les veaux ! J’ai dû faire venir le dirluche et lui faire goûter, qu’il juge de l’ampleur du désastre. Non mais des fois, quoi, merde ! Mort de mes os ! Un Nirvana Ambré, c’est en premier le Bacardi qu’on doit sentir, y’a pas besoin de sortir des Hautes Zétudes, quoi, merde !

Malcolm, le major Malcolm, sirotait son Nirvana Ambré.

Le loufiat s’était encore planté dans les proportions, mais Malcolm était d’une nature conciliante (trop, de mon point de vue ! Ils sont payés pour connaître les recettes, quoi, c’est leur métier ! Ils le savent, ça, ils l’ont appris, à faire le Nirvana Ambré ! S’ils sont pas doués pour ça, ils n’ont qu’à laisser la place aux autres, avec tous les chômeurs qui traînent dans les rues, quoi, c’est vrai, ça ! Et après on s’étonne d’être dans la merde !).

Les yeux dans le vague, il ne pensait à rien. Il attendait Jackson.

Et il n’avait pas l’habitude d’attendre Jackson, car Jackson (c’est un nom de famille, mais c’est ainsi que Jackson se faisait appeler) était généralement très ponctuel. (Il doit être précisé de suite que Jackson est noir. En même temps, on jugera maladroit de le souligner ainsi, d’emblée, comme si Jackson était noir avant d’être l’ami de Malcolm et avant d’être celui qui est en retard au rendez-vous. C’est maladroit, mais d’un autre côté, le lecteur, que l’auteur ne désire pas encombrer de longues descriptions et laisser constituer lui-même les images mentales cohérentes par rapport au récit, le lecteur ne doit pas non plus s’engager dans une représentation a priori, qui serait plus loin contrariée par la découverte de cette caractéristique capitale. Il serait également bon de s’interroger sur cette obstination sénile de l’auteur à vouloir absolument que Jackson soit noir. C’est une complication dont il aurait pu couardement se passer, puisque, par exemple, pour ce qui concerne Malcolm, on n’a pas eu besoin de préciser qu’il était blanc).

Ainsi donc, le Major attendait son ami en retard.

Trois silhouettes floues apparurent sur sa rétine, pile devant lui, cernant sa table, et le Major dut interrompre sa rêverie en accommodant sur le groupe qui remplissait désormais quatre-vingt cinq pour cent minimum de son champ visuel non périphérique.

— On peut s’asseoir ? demanda le plus gros en posant son large cul sur la chaise d’en face.

Les deux autres restèrent debout, raides, le dos cambré, les mains croisées, jointes sur le devant du corps, prêtes, pensa Malcolm, à saisir le flingue dans la ceinture, sous la veste, si besoin était.

— C’est fou comme la température est clémente, pour un mois d’avril, répondit Malcolm pour dire quelque chose.

Ses parents étaient britanniques tous les deux et l’atavisme portait souvent le Major à parler météorologie avec les inconnus que les circonstances l’obligeaient à côtoyer, et c’était présentement le cas.

— À tel point que certains vont jusqu’à parler de réchauffement de la planète, savez-vous ? rétorqua, mondain, le gros dégueulasse, en jouant nonchalamment avec le chalumeau du Nirvana Ambré que Malcolm avait repoussé avec dégoûtation sur le rebord de la sous-tasse, car le Nirvana Ambré ne se boit nullement avec une paille, mais ça, allez le leur expliquer !

Le citoyen n’avait pas l’air sympathique, malgré les airs bonhommes qu’il se donnait. Le costard fatigué, le nez camus, la lippe charnue, le cheveu rare et gras, plaqué sur le crâne, les mains manucurées couvertes de bagues vulgaires, l’œil rond et jaune… Franchement antipathique.

— S’il y avait un réchauffement de la planète, celui-ci se ferait sentir progressivement, et non brutalement, comme ce printemps-ci, embraya Malcolm pour qui tout cela n’était que conversation de bistrot.

— Je ne crois pas qu’on puisse raisonner comme cela, fit le phacochère prétentiard et déplaisant, dont Malcolm pensa qu’il essayait davantage d’épater ses sbires que d’enseigner sa façon de voir sur la question du réchauffement de la planète, dont il devait se moquer complètement, si on veut bien me pardonner cet euphémisme, et pourquoi on me le pardonnerait pas ?

— Plus les années passent et plus on remarque les extrêmes, au niveau des températures, continua le gros. On ne remarque que les fluctuations importantes, qui ont toujours dû avoir lieu, mais si l’écart-type des fluctuations de température est sans doute constant, la température moyenne globale est en hausse.

Formats ePub et Kindle sans DRM – 2.99€/147 pages

Boutton2

Disponible également depuis les librairies en ligne suivantes

NosLibrairiesContour
LogoNL_final

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *